HISTORIQUE

La Fondation nationale des arts graphiques et plastiques a été créée en 1976, à l’initiative de Bernard Anthonioz, par la réunion de deux legs faits à l’Etat : celui de la baronne Salomon de Rothschild et celui de Jeanne (1857-1943) et Madeleine Smith (1864-1940) à Nogent-sur-Marne.

La Maison d’art Bernard Anthonioz est installée dans l’une des deux demeures du 17e siècle fortement remaniées au 19e siècle, qui furent léguées à l’Etat
en 1943 par Jeanne et sa sœur Madeleine.

A l’époque de leur construction, Nogent n’était encore qu’un village à l’est du domaine de chasse de Vincennes. Les terres appartenaient aux abbés de St Maur qui favorisèrent à Nogent, dès le Moyen-âge, la culture de la vigne. Sur le territoire de Nogent, CHARLES V avait fait construire le manoir de Beauté, « le château le plus bel et joli et le mieux bâti qui fut en Ile-de-France ». Le château acquiert une nouvelle renommée lorsque CHARLES VII l’offre à sa favorite, Agnès SOREL, qui devient la « Dame de Beauté ». RICHELIEU fera ensuite raser le château.

A compter du 17e siècle, nobles et bourgeois se font construire à Nogent, sur les coteaux dominant la Marne, des demeures de plaisance dont les jardins s’étendent parfois jusqu’à la rivière. Subsiste encore la trace de ces demeures comme l’hôtel des Coignard, qui appartenait à une dynastie d’imprimeurs parisiens. Les deux demeures qui accueillent aujourd’hui la Maison nationale des artistes datent de cette époque.

Les premiers documents concernant la demeure du 16, rue Charles VII dateraient de 1642 : Pierre MALO l’aurait léguée à ses deux fils Jean MALO de BOURDONNE, conseiller au Parlement de Metz et Sébastien MALO de BOURDONNE. En 1712, elle revient en héritage au neveu de Sébastien, Charles LE CLERC du TREMBLAY, parent du célèbre père Joseph, la fameuse « éminence grise » du Cardinal de RICHELIEU. Elle est cédée, dès 1713, à Louis et Michel CAMUS des TOUCHES qui entreprennent d’importants travaux. De cette époque, datent notamment les bas reliefs avec les Renommées sur la façade et, dans le vestibule, des trophées militaires et un épisode de la carrière des maîtres des lieux : la campagne de Louis XIV contre les armées allemandes, espagnoles et hollandaises que l’on retrouve sur la porte Saint-Denis à Paris. Les frères CAMUS des TOUCHES occupent en effet d’importantes charges dans l’armée royale ; ils sont chevaliers des ordres du Roi, l’un est contrôleur de l’artillerie, l’autre capitaine général des bombardiers et commandant des places de Haute et Basse Meuse. Louis, l’un des deux frères, est le fameux chevalier DESTOUCHES surnommé « Canon » qui fut le père de l’encyclopédiste et mathématicien, d’ALEMBERT qu’il eut de sa liaison avec Madame de TENCIN.

Le domaine est ensuite vendu au gouverneur des pages du Régent, Jacques de la POIRE. Nous détenons de cette époque le premier plan de la propriété qui montre un jardin « à la française » aménagé en terrasses et orné de bassins. Il devient ensuite la propriété du marquis de VILLEMENEUST. Puis, il est acquis en 1731 par Henri-Charles ARNAULD de POMPONNE, fils du ministre de Louis XIV, parent du Grand Arnauld et de la supérieure de Port-Royal, les grands noms du mouvement janséniste. Nommé ambassadeur à Venise, abbé commendataire de St Médard à Soissons, l’une des abbayes les plus prestigieuses du royaume, Aumônier du Roi puis Garde des Sceaux, ARNAULD de POMPONNE instituera en 1732 à Nogent la confrérie des chevaliers de l’Arc dont la tradition ne s’est interrompue que pendant la Révolution. Lors de son séjour à Nogent, il développera une vie sociale brillante et recevra de grands personnages de la Cour. Il donnera notamment une fête de nuit mémorable en l’honneur de la duchesse du MAINE dont il nous est resté le récit.

A la mort de l’abbé de POMPONNE, la maison reviendra à sa nièce la marquise de PLESSIS-CHATILLON puis changera plusieurs fois de mains : Jean-Baptiste GERVAIS, Louis-Pierre SAUNIER, puis, à la veille de la Révolution, il revient aux demoiselles PIGNARD. L’une d’elles épousera un banquier d’origine néerlandaise, Jean-Baptiste VANDENYVER, homme d’affaires de la comtesse du BARRY, qui sera guillotiné en compagnie de son illustre cliente avec ses deux fils, Edme et Antoine, le 18 frimaire de l’an II. La veuve VANDENYVER vendra la propriété au préfet du Var, le comte de CHATAUNEUF-RANDON, puis le règlement n’ayant pas été effectué, à M. LANNY. Celui-ci la vendra en 1805, au comte d’Empire, FABRE de L’AUDE, pair de France, président du Tribunat, l’assemblée qui sous le Consulat et l’Empire discutait les lois sans avoir le droit de les voter. De cette époque, nous gardons une charmante aquarelle représentant la maison dans un cadre bucolique avec en arrière-plan le clocher de St Saturnin.

Au 19e siècle, la maison appartiendra à un citoyen américain, M. Joseph SEARD, puis à M. Joseph ICARD, puis à M. SOLLIER et enfin à un couple d’origine anglaise, M. et Mme ARCHDEACON. C’est au décès de la veuve ARCHDEACON en 1883 que le père de Jeanne et Madeleine SMITH, l’achètera par adjudication pour 140 000 francs de l’époque.

En un peu plus de deux siècles, la maison aura changé 19 fois de propriétaire. On ne trouve pourtant pas dans la liste, le nom de M. LE FEBVRE, intendant des Menus plaisirs du Roi, chez qui WATTEAU aurait fini ses jours en 1721 âgé à peine de 36 ans. Il semble que l’histoire ait été inventée de toutes pièces par Madeleine SMITH-CHAMPION pour faire échec à un projet de construction d’une route dans le parc. La campagne qu’elle mena alors fut on ne peut plus efficace : le projet fut abandonné et le parc où l’auteur des « Fêtes galantes », du « Gilles » ou de « L’embarquement pour Cythère » était supposé avoir vécu ses derniers jours, fut classé en 1908. Il semblerait plus vraisemblable que la maison où WATTEAU est mort, ait été située au niveau de l’actuelle sous-préfecture.

Lorsqu’il achète la maison, le père des demoiselles SMITH, Jules SMITH (1827-1868), est greffier en chef du département de la Seine. C’est le petit-fils d’un citoyen anglais établi en France, Joseph Pierre SMITH (1741-1811), inventeur à ses heures (une machine à débiter les ardoises…), beau-frère d’Hubert DROUAIS, peintre du roi. Mais il fera surtout sa fortune en tant que payeur des armées des Ardennes puis du Midi (celle de MURAT) sous la Révolution et l’Empire. Son fils, Joseph Archimède SMITH, établi rue St Florentin à Paris, sera avoué. L’épouse de celui-ci, née Christine LEMOINE, aura une aventure galante avec Maximilien PERRIN, auteur oublié des « Mémoires d’une lorette » et Joseph Archimède demandera le divorce en 1837. L’épouse de Jules SMITH, née Léontine LESOUEF, acquerra avec son frère Auguste, la maison voisine du 14, rue Charles VII où est actuellement installée la Maison nationale des artistes.

Les deux sœurs SMITH occuperont les deux maisons : Jeanne, le 14 et Madeleine, le 16 avec son époux Pierre CHAMPION (1880-1942), fils d’Honoré CHAMPION, l’éditeur du quai Malaquais, chartiste, spécialiste du Moyen-âge et de la Renaissance, devenu maire de Nogent. De lui, Sacha GUITRY dira : « C’était un excellent ami, il est mort avant d’avoir eu le temps de me trahir ». Témoignages d’une vie entièrement consacrée à la peinture, Madeleine SMITH nous a laissé de nombreux tableaux où elle représente le parc et la maison du 16, rue Charles VII. La maison, lors de la première guerre mondiale, sera transformée en hôpital militaire. Les sœurs SMITH recevront, à Nogent, la visite du président de la République, Raymond POINCARE et Madeleine sera décorée de la Légion d’honneur.