Black Current

Harmen Liemburg
10 septembre — 26 octobre 2008

Pour la troisième année consécutive, la Maison d’art Bernard Anthonioz consacre son exposition de rentrée au graphisme, en coproduction avec le Festival international de l’Affiche et du Graphisme de Chaumont.

Pour préparer l’exposition Black Current, le graphiste néerlandais Harmen Liemburg a investi un espace de la Maison d’art fermé au public, la bibliothèque, curiosité exceptionnelle construite sous l’impulsion des sœurs Smith-Champion, en 1913, pour abriter la collection de manuscrits, ouvrages enluminés, et livres rares de leur oncle Auguste Smith-Lesouëf. De cette collection prestigieuse léguée à la BNF, subsistent très peu d’ouvrages. Néanmoins, le fonds de la bibliothèque s’est enrichi au fil des années, de livres appartenant aux deux sœurs, puis de ceux des artistes retraités accueillis à la Maison nationale des artistes.

Harmen Liemburg s’est frayé un chemin parmi les étagères de romans, recueils de poésies, livres d’art, vieux magazines, comptes financiers... pour rapidement appréhender toutes les possibilités graphiques des livres du 19ème siècle illustrés de gravures noir&blanc, dont l’essor avait été rendu possible par les améliorations des techniques d’impression et de reproduction.

Il y a trois ans, au Festival international de l’Affiche et du Graphisme de Chaumont, Harmen Liemburg avait eu l’occasion de travailler, pour le projet KiKiRiKi, tous les soirs avec des affiches des années 1900 issues de la collection historique Dutailly. Cette fois, les matériaux collectés, les gravures et illustrations du Magasin Pittoresques sont plus anciennes encore : elles datent de 1833 pour les toutes premières.

Harmen Liemburg, dans les deux projets, s’est intéressé aux premiers média destinés à un public populaire (les magazines illustrés au 19ème, les affiches au 20ème siècle), et à leur utilisation de l’image comme véhicule de l’information. Sur de nombreux points, Black Current peut ainsi être perçu comme la suite et le prolongement du projet KiKiRiKi, tous les soirs initié en 2005.

Harmen Liemburg assume pleinement la subjectivité du choix de ses sources, privilégiant les images concernant la géographie, l’ethnologie ou les sciences naturelles – il a été géographe/cartographe, avant d’être graphiste – mais en s’interrogeant toujours sur leurs usages éventuels.

Black Current permet ainsi la rencontre de techniques – les techniques d’impression et de gravure des livres et la sérigraphie – et devient, à l’occasion des séances de sérigraphie du graphiste dans son atelier d’Amsterdam, le lieu d’une fusion formelle improvisée entre ses travaux personnels et les gravures du 19ème.

Black Current est donc cette synthèse, une appropriation graphique des images oubliées de la bibliothèque qui retrouvent énergie et enthousiasme initiaux, dans les nouvelles images sérigraphiées d’Harmen Liemburg.

Le titre Black Current se veut alors une référence au flot accéléré des nouvelles technologies et à l’abondance des flux d’informations se propageant désormais à une échelle mondiale – et/ou Black Current comme métaphore d’une rivière d’encre...