Là où nous sommes

Oeuvres de la collection de photographie Neuflize Vie
10 novembre — 19 décembre 2010

Poursuivant le cycle initié en 2006 autour des collections privées de photographies, la Maison d’art Bernard Anthonioz, l’enrichit, cette année, d’un nouveau volet autour d’une collection d’entreprise, la collection Neuflize Vie.

L’exposition Là où nous sommes - Œuvres de la collection Neuflize Vie s’inscrit dans une série de présentations de collections privées à la Maison d’art Bernard Anthonioz, une fois l’an, à l’automne.

Celle qui nous concerne ici présente toutefois une innovation, puis qu’il s’agit non pas d’une collection privée individuelle, mais d’une collection d’entreprise.

La collection Neuflize Vie s’est donné dès le départ comme principal centre d’intérêt la figure humaine. Le portrait, bien sûr, mais aussi le corps, les postures des hommes dans le monde qu’ils habitent, la manière dont ils l’habitent, précisément. On voit donc que ce champ est extrêmement large et ouvert, et chacun de ses éléments constituants susceptible d’interrogations et d’interprétations multiples. L’exemple du portrait fournirait à lui seul, comme il ne cesse de le faire à travers livres et expositions, matière à de longs développements (c’est d’ailleurs autour d’une de ses possibles définitions que s’organisait l’exposition de Madeleine Millot-Durrenberger précédemment évoquée).

En examinant les acquisitions récentes, il a semblé à Régis Durand que trois ensembles se dégageaient assez nettement, et qu'un regard sur l’ensemble de la collection en confirmait la pertinence.

Le premier ensemble, Lignées, met l’accent sur le caractère collectif de l’identité. Nous sommes certes, chacun d’entre nous, des individus aux caractéristiques propres jalousement protégées. Mais des pans importants de notre identité sont de nature sociale : familiale, professionnelle, ethnique, culturelle. Parfois, lorsque ces déterminations ne suffisent pas où échouent, l’individu s’invente d’autres appartenances, d’autres fratries plus ou moins imaginaires ou inquiétantes, les idoles, les doubles, les clones, etc.

Le deuxième ensemble, Le monde que nous habitons, montre des individus aux prises avec des forces sociales, urbanistiques, politiques, au milieu desquelles ils tentent, parfois littéralement, de se faire une place. Ces forces agissent visiblement ou invisiblement sur les corps et les esprits auxquels elles tentent d’imposer leur loi.

Enfin, l’ensemble intitulé Mémentos ne fait pas l’objet d’un développement distinct, il scande le déploiement des deux autres comme un rappel de la vanité de toutes choses - le corps, les vêtements, les apparences. Il ne s’agit pas à proprement parler de vanités dans le strict sens iconographique (encore que quelques œuvres en soient proches), mais plutôt de points de fuite, dans l’inquiétude ou l’aveuglement, devant l’œuvre du temps.