Le grain du temps

Corinne Mercadier
8 novembre — 19 décembre

L’exposition Le grain du temps porte ainsi un regard actuel sur l’œuvre de Corinne Mercadier, dans un cheminement qui rompt avec la chronologie et retrace quatorze ans dans la carrière de la photographe, en neuf séries : depuis 1998, avec les Glasstypes, jusqu’en 2012 avec présentées pour la première fois, ses deux dernières productions, Solo et Black Screen.

Dans cette exposition se dessine la construction d’une œuvre dans laquelle, au fil du temps, se tissent de nouvelles approches des mêmes préoccupations : la lumière et l’ombre, la théâtralité et la danse, l’espace et le point de vue. Mais aussi l’incarnation du temps dans une forme (peintures, ou sculptures volantes) et la présence du corps, souvent indéfini, presque une essence.

S’il y a une rupture radicale dans l’œuvre de Corinne Mercadier, c’est l’arrêt de la fabrication de la pellicule Polaroid SX70 en 2008. Depuis, elle travaille avec les outils numériques, qui ont apporté des modifications fondamentales aux dispositifs de prise de vues et à l’esthétique de ses images, même si ces deux nouvelles séries numériques entretiennent des correspondances formelles, conceptuelles fortes avec les oeuvres antérieures. Ainsi, se retrouvent dans Solo, les ciels sombres (depuis Paysages en 1992), la mise en scène, les personnages énigmatiques et les objets lancés, (Une fois et pas plus, 2002 et Longue Distance, 2007). Mais les objets se sont transformés : grandes baguettes, pneus, ballons, lignes, délimitent des espaces qui évoquent un jeu dont les règles nous échappent. Objets et personnages, au premier plan le plus souvent de ce théâtre, obscurs, dansent, qu’ils soient immobiles ou en mouvement.

La série Black Screen, quant à elle, pourrait constituer le négatif de Solo : scènes découvertes comme on ouvre une porte secrète en s’habituant au noir. Une pile d’assiettes, des planches, une moquette irradient d’une luminosité extrême - dans la lignée des Glasstypes. Finalement, Corinne Mercadier joue, d’une série à l’autre, sur un statut instable des objets : oscillant entre le trouvé, le fabriqué et le virtuel, pour entraîner le spectateur désorienté dans une perception subjective des espaces, des personnages et des actions. Une radicale étrangeté subsiste alors et s’apparente à la précision de certains souvenirs de rêve.

L’exposition sorte de rétrospective non-chronologique
et non exhaustive, place alors le visiteur dans une démarche active, à la recherche d’indices disséminés dans les différentes oeuvres.