L'au-delà (des noms et des choses)

Tamar Guimarães
22 mars — 13 mai 2012

« L’Au-delà (des noms et des choses) » traite du modus operandi de l’artiste. Dans sa pratique, Guimarães s’intéresse au sort des résidus culturels et historiques qui dérivent librement dans l’air du temps. Mais plutôt que de tenter de retrouver ou de reconstruire le passé, elle cherche à savoir comment les objets et les idéologies voyagent à travers le temps : comment ils changent, se corrodent, s’opacifient, se parent de significations nouvelles, sont interprétés de travers ou, pour certains, sont redécouverts et réinvestis de leur sens premier. Sebald parle de la durée de vie des objets, bien supérieure à celle de leurs propriétaires. Ce sont tout à la fois des réservoirs de mémoire et des acteurs remis en scène par leurs nouveaux détenteurs. Fruit d’une collaboration avec l’artiste danois Kasper Akhøj, ce nouveau projet, conçu spécialement pour cette exposition, tourne autour de l’histoire orale et écrite de la Maison d’art Bernard Anthonioz. Les dernières propriétaires privées de ce lieu furent les sœurs Jeanne et Madeleine Smith. Au début du XXème siècle, Madeleine et son mari, l’historien médiéviste Pierre Champion, fabriquèrent des preuves pour soutenir une intense campagne en faveur de la maison et des jardins, menacés par la construction d’une route. Revendiquant pour ce bâtiment le statut de patrimoine historique, ils prétendirent que le peintre Antoine Watteau y était mort de la tuberculose en 1721. Or, il semble que celui-ci se soit effectivement éteint à Nogent-sur-Marne, mais dans une autre maison. La campagne porta néanmoins ses fruits et le projet routier fut abandonné en 1909.

Watteau est connu pour ses tableaux représentant des fêtes galantes, scènes au charme bucolique et idyllique, baignant dans une atmosphère de théâtralité. Pour leur part, Guimarães et Akhøj se réclament d’une vision de Watteau qui fait de son œuvre moins un enchantement qu’une étude de ses contemporains sur des sujets de portée politique, sociale et culturelle.

En dehors de ce nouveau projet, l’exposition propose des œuvres antérieures de Tamar Guimarães, jamais montrées en France, comme Canoas et The Work of the Spirit (Parade), qui partagent toutes deux des procédés et des thèmes explorés dans ce nouveau travail. Le catalogue qui accompagne l’exposition comporte un texte de Dieter Roelstraete et un texte de la commissaire de l’exposition, Filipa Oliveira.